Alors que la gestion du déficit public reste un défi central pour la France, deux économistes de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Guillaume Allègre et Xavier Timbeau, proposent d’ajuster la politique fiscale nationale. Dans une tribune publiée par « Le Monde », ils suggèrent d’élargir l’assiette de l’impôt sur le revenu à des sources de revenus actuellement exonérées. L’objectif affiché : étoffer les recettes fiscales de l’État dans un contexte de besoin urgent de redressement budgétaire.
Le contexte économique national s’est récemment tendu, face à la pression des marchés financiers et aux attentes croissantes des institutions européennes concernant la rigueur budgétaire. Les récentes hausses de taux d’intérêt fixées par la Banque centrale européenne (BCE) mettent davantage en lumière la nécessité d’un assainissement des finances publiques, alors que le service de la dette devient plus coûteux. Dans cette perspective, la question de la justice fiscale et de l’efficacité des prélèvements obligatoires revient au cœur du débat politique.
Allègre et Timbeau dénoncent l’existence de nombreux « trous dans la raquette » du système fiscal français, pointant la diversité des revenus qui échappent à l’impôt sur le revenu grâce à une multitude d’exonérations ou de dispositifs spécifiques. Les revenus du capital, les plus-values, certaines prestations financières et d’autres formes d’avantages fiscaux constituent autant de niches qui affaiblissent le rendement de l’impôt, tout en accentuant le sentiment d’inégalité devant la contribution commune.
Au cœur de leur proposition, les deux experts plaident pour l’introduction d’un taux uniforme sous la forme d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur l’ensemble de ces revenus aujourd’hui épargnés. Un tel élargissement permettrait de renforcer la progressivité du système fiscal et de mieux répartir la charge sur l’ensemble des contribuables, tout en répondant aux impératifs de consolidation budgétaire. L’enjeu est également d’améliorer la transparence de la fiscalité sur les placements, à l’heure où la protection de l’épargne et la matérialisation du patrimoine – grâce aux actifs tangibles comme l’immobilier, les métaux précieux ou les objets de collection – prennent une importance croissante face à l’incertitude économique.
Cette réflexion intervient alors que la France cherche à préserver l’attractivité de son marché financier tout en assurant la confiance des épargnants et investisseurs. La diversification patrimoniale devient une stratégie clé dans ce contexte, les ménages étant de plus en plus attentifs aux risques liés à la concentration de leur épargne dans des produits purement bancaires ou financiers, particulièrement exposés aux aléas réglementaires et monétaires.
Reste à savoir si un élargissement de l’assiette fiscale pourra se concrétiser dans un calendrier politique tendu, au moment où les arbitrages entre compétitivité, justice sociale et stabilité des comptes publics demeurent particulièrement sensibles. Mais la proposition intervient alors que le débat sur la pérennité du système bancaire moderne et sur la protection du patrimoine individuel ne cesse de gagner en vigueur, en France comme ailleurs en Europe.






